Une lettre de Mikhaël Aïvanhov (1939)

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Cette lettre écrite  en 1939 par Mikhaël Aïvanhov  est un témoignage extraordinaire de l’attachement de celui-ci à Peter Deunov et son enseignement.

Elle rend également compte des nombreuses activités de son auteur dans les toutes premières années de son arrivée de France.

La lettre a été traduite du bulgare. Elle a été publiée dans sa version originale en septembre 2010.

 

 


Lettre de frère Mikhaël à Bojan Boëv du 26.8.1939, Paris
(traduite du bulgare en septembre 2010)
Cher Frère Boëv,
J’avais envie de vous écrire depuis longtemps, mais je n’en ai pas eu le temps.
La vie à Paris devient de plus en plus intéressante et diversifiée. Les rencontres se multiplient et le
temps libre diminue. Je n’ai pas encore pris de vacances, comme la plupart des gens ici. Mais il
faudra probablement que je me retire un certain temps dans la solitude et en pleine nature, au bon air.
Je profite du départ de Cardin, demain, pour vous décrire les évènements passés. Il est impossible
de vous raconter toutes mes rencontres personnelles, presque quotidiennes, à Paris, et de vous
parler de toutes les lettres, invitations et revues que je reçois.
Parmi ces rencontres, la plus intéressante a été la visite que nous avons faite au plus célèbre
radiesthésiste parisien, Turin. (Ce sont des amis qui m’ont emmené un soir chez lui) ; Il a eu la
grande gentillesse de nous expliquer et de nous montrer son système et ses propres découvertes
dans le domaine des émanations. Avec un instrument qu’il a découvert lui-même et avec un pendule,
il prétend pouvoir diagnostiquer très simplement et très clairement toutes les maladies, les organes
atteints, et dire quels sont les aliments, les boissons qui sont utiles ou nocifs pour ces maladies etc…
Il découvre de cette manière aussi des objets perdus, des courants terrestres souterrains
(telluriques). Il a travaillé de longues années dans cette direction, et a décrit dans son livre ses
découvertes. Seulement, il ne révèle pas ses secrets concernant la préparation des matériaux qui lui
permettent de définir les nourritures bénéfiques ou nocives pour certaines maladies et organes.
En étudiant le portrait du Maître, il a dit qu’une très grande Lumière et une très grande Puissance en
émanait. Parmi les rencontres significatives, il y a encore deux professeurs qui s’intéressent à notre
Enseignement. Le premier, professeur à l’Université Marcel Castair de Toulouse , m’a écrit d’une
manière très enthousiaste en ma disant que les conférences l’avaient transformé, et qu’il les lisait
avec sa femme. Le deuxième est professeur de physique-chimie à Montauban. Je reçois beaucoup
de lettres de différentes villes qui demandent qu’on leur envoie des conférences. Manifestement, de
nombreux médecins les lisent et s’y intéressent !
Des amis m’ont aidé à avoir accès à un très grand studio de cinéma, pour voir comment on tourne
maintenant des films en couleurs. Bien qu’ils n’acceptent normalement pas de visiteurs, j’ai été reçu.
Il y a près de chez nous un studio à Billancourt. J’ai pu faire connaissance avec des
responsables,des réalisateurs de films, avec d’autres qui s’occupent de la parte matérielle et la
troisième catégorie qui organise tout le reste… Il serait trop long et presque inutile de décrire tout ce
qui se passe dans un studio de cinéma car c’est très compliqué. J’ai donc observé attentivement les
opérateurs et les acteurs, et vu comment on dirige les lumières, les projecteurs. J’ai gardé
l’impression que le travail d’un acteur qui répète de nombreuses fois la même scène est très difficile
et très fatigant. Parmi tous les acteurs, j’ai vu aussi Danièle Darrieux. Je vous décris ceci, non pour
raconter des choses intéressantes ou par curiosité, mais parce qu’un jour, nous devrons filmer des
scènes de notre Fraternité, dans les montagnes, dans la forêt, les exercices de gymnastique et la
Paneurythmie. En ce qui concerne la Paneurythmie, nous avons fait plusieurs réunions avec des
Frères et Soeurs pour étudier les mouvements avec Yarmilla. (Elle est en vacances).
Nous avons étudié pas mal de chants pour lesquels nous étions dans de très bonnes dispositions.
Nous étions parfois un groupe de vingt personnes. La Paneurythmie avance lentement, et à cela, il y
a différentes raisons : en premier la ville est très grande et chacun est occupé mais malgré cela,
l’intérêt et l’envie d’apprendre augmentent. Il nous faut des musiciens pour la Paneurythmie.
J’ai un projet et j’espère que Dieu nous aidera à le réaliser : je vais essayer d’engager un orchestre
que je vais payer (je n’ai pas encore d’idée précise concernant le prix), pour que nous puissions
enregistrer tous les exercices de la Paneurythmie sur un disque. Avec ce disque on pourra faire des
merveilles ! (qu’est-ce que ce serait bien de faire ce disque !). Si ceci pouvait être réalisé à Sofa avec
notre orchestre, ce serait encore mieux car ici, on devrait réaliser un arrangement pour tous les
instruments et pour tous les exercices ; ceci est très difficile. Là-bas, vous avez les partitions déjà
prêtes et arrangées pour tous les instruments.
Maintenant, autre chose, j’ai reçu une lettre de la Principauté du Luxembourg. Mathias Brenner est
une personnalité remarquable. J’avais déjà entendu parler de lui. Il a passé vingt-cinq ans de sa
vieen Inde et a communiqué avec des maîtres pendant vingt-cinq ans. Il a vu comme résultats de son
apprentissage, la possibilité de soigner même des maladies incurables, de voyager avec son corps
astral etc… Ceci m’a été raconté par des personnes sérieuses et dignes de foi qui sont ses disciples ;
ainsi Mathias Brenner qui a déjà lu certaines conférences que j’ai tenues à Paris, m’a écrit une lettre
enthousiaste, pleine d’Amour et de chaleur, et il m’a invité à aller lui rendre visite dans sa maison
pendant une semaine. Je me suis préparé et je suis parti. Et vraiment, quelle semaine merveilleuse !
C’est un homme extraordinaire, joyeux, plein de vitalité, bien qu’il ait déjà soixante quatre ans ; sa
femme et sa fille sont très fidèles, sympathiques et suivent son chemin spirituel. J’ai rencontré des
amis à lui qui m’ont raconté avec beaucoup de reconnaissance et amour, comment Brenner les a
guéris de différentes maladies graves. Et d’autres m’ont raconté qu’il les avait guéris à distance par
son corps astral.
On m’a donné aussi à lire des journaux et revues concernant son procès en lien avec des guérisons
qu’il avait réalisées à distance.
Le premier jour de mon retour, j’ai reçu une lettre de son disciple qui m’invitait à passer une journée à
Thionville, une ville dans le territoire français. Là-bas, j’ai passé une journée et le soir il y avait de
nombreux invités devant lesquels j’ai parlé trois heures. Ce Monsieur Pierre Maire, le disciple de
Brenner m’a accompagné jusqu’à Thionville et j’ai vu de loin (250-300m), la Ligne Maginot. Ensuite,
nous sommes allés à Luxembourg et là-bas, devant soixante-dix personnes, j’ai fait une conférence
sur le Maître et la Fraternité. En ce qui concerne cette conférence, Brenner avait invité ses amis
arrivés de très loin, de différentes villes jusqu’à la Principauté du Luxembourg, et aussi de Thionville
(France). Il paraît que la conférence a beaucoup plu à tout le monde, ils ont exprimé une telle
vivacité, un tel enthousiasme, que beaucoup de gens de différents endroits m’ont invité à leur rendre
visite pendant une à deux semaines. Comme j’avais promis aux Parisiens d’être de nouveau de
retour le 16 juillet pour faire une réunion dans la Forêt de Saint Nom la Bretèche, je n’ai pas pu
répondre à cette demande. J’ai pu rendre visite seulement à deux personnes qui habitaient à côté de
Luxembourg.
Ainsi, un italien Crescentini, directeur de la meilleure fabrication de pâtes au Luxembourg, nous a
emmenés dans sa belle voiture jusqu’à Mondorf, c’est une ville où il y a des eaux thermales célèbres
et que beaucoup de gens visitent pour se soigner. Là-bas, il y avait un parc que j’ai tellement admiré.
Je pense que même à Paris je n’ai pas vu un si beau parc ! Après, nous sommes allés à Remich,
jusqu’à la frontière où une rivière, la Moselle sépare le Luxembourg de L’Allemagne. J’ai observé les
gens qui se promenaient sur les bords de la rivière, d’un côté et de l’autre : quelle différence ! Tout le
monde du côté luxembourgeois était gai, vivant, sympathique, et de l’autre côté, il y avait un silence
et une rigidité, on voyait rarement quelqu’un…
Le lendemain, j’ai reçu une invitation de deux familles de la ville de Esch sur la rivière Alzete
(Esch/Alzete), où il y a une célèbre production de fer. Ils sont venus me chercher, m’ont emmené de
Luxembourg à Esch où il y avait aussi un très beau parc. Le lendemain, j’étais de retour à
Luxembourg, et Brenner m’a présenté le chef du gouvernement avec lequel j’ai établi une amitié
vraiment inattendue. Nous avons ensuite rendu visite à l’avocat le plus célèbre du Luxembourg qui
voulait absolument me conduire à travers toutes les villes du pays, mais j’ai dû y renoncer car je
devais retourner à Paris.
Après, tout de même, il a fallu répondre aux désirs d’autres personnes qui nous invitaient à dîner.
Dans ces dîners, étaient réunis tellement d’amis dans une belle maison, presque un petit château
comme il y en a beaucoup au Luxembourg. Pendant tous ces dîners, il y avait des conversations très
gaies et très drôles (Brenner a un grand sens de l’humour), mais aussi des conversations très
profondes et sérieuses concernant les problèmes de la vie.
Luxembourg est bâtie sur des rochers, c’est une très belle ville avec un magnifique environnement.
Autrefois, c’était une forteresse invincible. Un ami m’a emmené visiter des galeries souterraines sous
la ville (une oeuvre de 200 ans). Tout Luxembourg est creusé de cette manière sur des kilomètres. En
ce qui concerne Brenner, j’ai vérifié, il possède vraiment toutes ces forces de guérisseur, il est très
célèbre et il m’a raconté des conversations et des rencontres personnelles avec Morya, Kuthumi,
Comte de Saint Germain. Je l’ai vu photographié avec Annie Besant, Leadbeater, Krishnamurti et
d’autres. Dans le passé, quand le pape précédent était malade, il l’a soigné. Ainsi arrivent chez lui,
des personnes que le pape lui envoie. Brenner a soigné le pape et a prolongé sa vie de deux ans.
Notre rencontre avec Brenner a été touchante, amicale, de même que le moment de notre
séparation. Nos conversations ont été très constructives et autant lui que sa famille et moi, nous
avons tous été très heureux ! Nous avons abordé des problèmes très intéressants.
La réunion dans la Forêt de Marly a été l’une des plus remarquables. Depuis le matin, le ciel
promettait une grande pluie. Et à la réunion sont arrivées cent cinquante personnes. Malgré ce
temps, bien que la plus grande partie des amis fût déjà en vacances, ils ont été très nombreux. Nous
avons fait les exercices de gymnastique avec une très bonne disposition d’esprit. Ce jour-là ; Jehan
(du Bonfn) a filmé l’arrivée des gens à la gare, les Frères et Soeurs, ainsi que les exercices de
gymnastique dans la forêt et certaines conversations. Dans l’après-midi, il a quand même plu très fort
et malgré ça, la disposition d’esprit a été comme jamais !
Pour la première fois, j’ai constaté que les Parisiens expriment une grande force de caractère sous la
pluie ! Sous la pluie, je leur ai fait une petite conférence, et jamais ils ne m’avaient écouté avec tant
d’attention et une si bonne disposition d’esprit ! Ensuite pour qu’ils constatent que les chants ont une
grande force, je leur ai demandé de chanter et ils ont chanté les chants de la Fraternité pendant
environ vingt minutes. La pluie s’est arrêtée. Le soleil a brillé avec une telle force qu’il a séché les
vêtements de tous, ceci était extraordinaire, admirable ! On a décidé d’aller dans un restaurant pas
loin de la forêt, mais comme on était nombreux, il n’y avait pas assez de place : on s’est mis à
l’extérieur sous l’auvent, et nous avons lu des Pensées du Maître. Je les ai expliquées, je leur ai
chanté « Ni smé slavétcéta gorski » et je leur ai traduit les paroles ; tout le monde a chanté avec moi,
et la chorale improvisée a résonné tout alentour, accompagnée par un violon. Beaucoup de visiteurs
du restaurant se sont joints à nous et même les employés et les propriétaires du restaurant sont
arrivés.
Tout le monde était très étonné de l’effet, surtout quand je leur ai montré l’exercice avec les voyelles
« a,e,i,o,ou ». La Fraternité aime particulièrement cet exercice. Ils ont constaté qu’ils n’avaient jamais
chanté aussi librement et gaiement, sans aucune gêne, que ce jour-là.
Après l’étonnement suscité par l’exercice avec les voyelles « a,e,i,o,ou », je leur ai montré des
exercices de respiration avec les mouvements des mains comme à la fin de la Paneurythmie, ce qui
leur a beaucoup plu, et il y a eu un effet magique.
Après, j’ai même fait une petite conférence, jusque tard le soir, personne ne voulait partir. Voilà une
journée tellement lumineuse, tellement belle pour moi et pour les autres, qui laisse des empreintes
remarquables dans mon âme et dans l’âme de tous les Frères et Soeurs. Ceci se voyait, ceci se
ressentait. On a fait beaucoup de photos qui ont démontré la Présence des Esprits du Monde
Invisible qui nous accompagnaient, qui étaient autour de nous !
Entre autres, il y avait aussi une amie anglaise, ainsi qu’un Anglais, un Hollandais qui ont fait
beaucoup de photos pendant les exercices de gymnastique. L’Anglais m’a même invité à aller à
Oxford pour faire une conférence à l’Université. Il va s’en occuper.
Ces jours-ci, nous avons parcouru tout Paris avec Cardin en voiture, pour trouver une bonne tente
pour le Maître, mais nous n’avons pas trouvé ce que nous voulions. Ce que nous avons vu était petit,
pas solide, plutôt pour la campagne et pas pour la montagne. Ici partout, même dans les montagnes,
il y a des hôtels et personne n’utilise des tentes.
Les tentes solides, il faut les commander. Nous en avons commandé une solide, dans un très bon
matériau qui sera prête dans quelques jours. Nous avons pris pour le Maître un tissu pour sa
pèlerine, du tissu de laine et une partie de laine chameau. Une très belle couleur blanche avec des
petites rayures. Nous avons trouvé aussi un chapeau « Panama » mais tu dois m’envoyer la taille du
Maître et je vais demander au groupe de Lyon d’acheter ce chapeau. On a aussi acheté un
imperméable de très bonne qualité contre la pluie. Toutes ces choses sont achetées avec l’argent
que certains Frères et Soeurs ont voulu donner pour la tente du Maître. Tous, qui plus, qui moins, ont
participé avec grande joie. Réponds tout de suite pour la taille du chapeau et s’il y a d’autres choses,
écris-moi tout de suite, nous allons parcourir Paris pour le trouver.
Envoie-moi aussi toutes les adresses des amis de la Fraternité en Suisse et en Italie, il est fort
possible que j’aille en Italie.
Ecris-moi aussi au sujet d’Almoslimo. Qu’il m’envoie son remède contre la fièvre. On réalisera un
essai avec un malade de la fièvre tropicale et si le résultat est bon, on fera le nécessaire pour
recevoir une licence auprès du Ministère, et tout le reste concernant la diffusion du remède ; alors,
on invitera Almoslimo à venir ici.
Si Almoslimo a confiance en moi, je ne ferai rien pour qu’on découvre son secret; aucune analyse ne
sera effectuée sur ce qu’il m’enverra. Moi seul, je veillerai et je donnerai personnellement les doses
indispensables (au malade); quand nous aurons eu un résultat satisfaisant, tout s’arrangera.
Si le Maître trouve ceci bien, qu’Il me réponde. Je ferai seulement ce qui sera utile pour
l’Enseignement.
Je vais bientôt t’envoyer des photos. Bien qu’il y ait encore beaucoup de choses à raconter, je vais
tout de même terminer. Cela me réjouit que les Frères français viennent vous rendre visite. Il y en a
cinq fois plus qui voudraient venir pour rencontrer le Maître, mais pour différentes raisons, certains ne
peuvent pas : par exemple, Maurice Beck de Marseille, qui voulait tant partir, a envoyé son passeport,
mais comme il est fonctionnaire, on ne lui a pas donné de permission. Il y en a d’autres aussi…
Je vous envoie mes salutations fraternelles à vous tous et au Maître mon complet dévouement.
Frère Mikhaël

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